Le Soleil qui voulait retourner se coucher



Du fait de son excentricité et d'une période de révolution en résonance 3:2 avec sa période de rotation, Mercure présente parfois des journées singulières : si le soleil se lève à l'Est comme il en a l'habitude, il décide certains jours de s'arrêter en pleine course dans le ciel pour finalement, retourner se coucher là d'où il était venu.

Voir le Soleil parcourir notre ciel, fait partie de ces phénomènes terrestres dont on a tellement l'habitude que l'on a un peu de mal à s'imaginer spontanément qu'ils pourraient en être autrement sur d'autres planètes. Sur Terre, le Soleil se lève toujours à l'Est et se couche toujours à l'Ouest avec Lucky Luke, exceptions faites des journées trop froides durant lesquelles il tarde à sortir de son lit, ou même, préfère y rester (on parle bien évidemment ici des journées et nuits polaires).

Des ciels et des planètes

Pourtant, le mouvement du Soleil dans le ciel n'est pas une constante astronomique mais dépend bel et bien de notre point de vue - et notamment, de la vitesse de rotation de la planète, et sa vitesse orbitale. Jusque là, tout le monde connait et reconnait déjà bien ce fait. Cela dit, on peut avoir un peu de difficulté à imaginer le mouvement dans les ciels des autres astres, puisqu'on s'imagine instinctivement qu'il est relativement continu partout - tel n'est pas forcément le cas de tous les astres de tous les ciels. Ainsi, par exemple, puisque la Lune nous offre toujours la même face à contempler, cela signifie qu'un observateur posté sur la Lune, verrait donc constamment la Terre au même endroit, dans le ciel Lunaire.

Les ciels sont donc en définitive aussi changeants que les caractéristiques planétaires. Sur Vénus, dont la rotation est anti-horaire, le Soleil a pour habitude de se lever à l'Ouest et se coucher à l'Est. Lucky Luke le pistolero y ressemble probablement davantage au Samouraï qui dégaine plus vite que son ombre. Mais il est vrai qu'un jour solaire sur Vénus dure tout de même 116 jours et 18 heures, le Soleil s'y lève donc beaucoup moins souvent, mais reste debout beaucoup plus longtemps.

Le caractère lunatique du Soleil se remarque davantage encore dans le ciel Mercurien. Mercure, la planète la plus proche du Soleil, possède à n'en pas douter, une vue considérablement plus intense de notre étoile, puisqu'à 58 millions de km (en moyenne) de celle-ci, le disque solaire apparaît plus de trois fois plus gros dans son ciel, que dans notre ciel Terrien. Le Soleil y fait son show plus que n'importe où ailleurs.

Quand le Soleil danse

Sauf que certains jours, alors qu'il pointe le bout de son nez dehors pour une journée qui promet d'être parmi les plus chaudes et ensoleillées de notre système solaire (Mercure ne possède qu'une fine exosphère - pas réellement une atmosphère - dépourvue de nuages, et la température peut y atteindre 427°C en plein Soleil), il se renfrogne et après quelques petits tours dans le ciel, finit par retourner se coucher à l'endroit où il s'était levé.

Il arrive en effet que, pour un hypothétique observateur regardant le ciel à la surface de Mercure, l'astre solaire semble commencer la journée en se levant, puis ralentit sa course et s'arrête en plein ciel, pour ensuite repartir en arrière vers son point d'origine. Comme si le soleil était soudainement pris de Lundi-phobie aigüe, et décidait comme d'autres qu'une grasse matinée pourrait finalement se révéler fort séduisante.

Cet effet survient grâce à la configuration particulière de Mercure, dont la journée solaire vaut 176 jours, et l'année, 88 jours. Le jour et la nuit équivalent chacun à une année Mercurienne. La période de rotation de la planète vaut quant à elle 58,7 jours. Mercure dispose également d'une vitesse orbitale particulièrement changeante du fait de son excentricité orbitale. De ces données particulières résulte l'aspect tout aussi particulier du ciel.

Et l'étonnant ballet solaire peut surprendre même le plus aguerri des astronomes : à certains endroits (aux pôles équatoriaux froids) et à un moment précis de l'année (4 jours terrestres avant le périhélie mercurien), le Soleil commence par se lever à l'Ouest, puis retourne se coucher de là où il vient, puis se relève à l'Est, traverse le ciel pour se coucher à l'Ouest, mais se relève encore une fois à l'Ouest pour se recoucher dare-dare au même endroit.

Dans le cas de Mercure, le mouvement du Soleil dans le ciel ne dépend pas que de la période de rotation de la planète et de sa période de révolution, mais également, de la variation de sa vitesse orbitale : Mercure possède en effet une orbite très excentrique, et la vitesse angulaire orbitale augmente au fur et à mesure que Mercure se rapproche du Soleil (et diminue quand son éloignement augmente), tout comme les comètes, par exemple, accélèrent en se rapprochant du soleil (voir l'effet de fronde gravitationnelle). Mercure oscille en fait entre un périhélie de 46 millions de km et un aphélie de 70 millions de km. Et lorsque Mercure est au plus près du Soleil, la vitesse angulaire orbitale parvient à excéder la vitesse de rotation, donnant ainsi l'impression que le Soleil s'arrête et retourne en arrière. Un spectacle certainement très appréciable, pour peu que l'on ait une crème solaire adéquate.



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