Le parasite qui rend gay



Les éphémères ont déjà la malchance de vivre la plus courte période de reproduction dans le monde des insectes, mais comme si cela ne suffisait pas, 10% des mâles de l'espèce Baetis bicaudatus subissent les tourments occasionnés par un petit vers nématode (Gasteromermis) qui modifie radicalement le comportement des éphémères mâles, les rendant stériles et les obligeant à adopter un comportement typiquement féminin.

Un éphémère (ou un éphépère, ou les deux, qui sait)
D'extérieur, les mâles infectés ressemblent tout à fait à des femelles : le parasite, lors du développement de son hôte, modifie les caractéristiques morphologiques de celui-ci, de sorte qu'il ne puisse se distinguer du genre complémentaire. Mais intérieurement, les mâles infectés ne produisent pas d’œufs et ne possèdent pas les organes internes des femelles.

En plus de cela, Gasteromermis modifie également le comportement des mâles infectés. Tandis que les mâles non-infectés vont former des essaims reproducteurs et ne retourneront jamais dans l'eau qui les a vu naître, les mâles parasités retournent, tout comme leur moitié, dans l'eau en adoptant le comportement des femelles déposant leurs œufs. Les larves de nématodes perforent l'abdomen des éphémères et s'enfoncent dans l'eau où ils pourront parasiter de nouveaux hôtes. Bon, de toute façon, les pauvres mâles n'auraient pas vécu bien longtemps, mais quand même.

Et le cas n'est pas unique : localisées sur deux petites îles du Japon (Tanegashima Island et Okinawa Island), les larves destinées à devenir des mâles de l'espèce Eurema mandarina peuvent être infectés par les Reines du changement de sexe, les bactéries du genre Wolbachia.

Ces bactéries possèdent de puissants mécanismes de régulation du genre ou de la reproduction chez leur hôtes : 
  • Chez l'espèce de cloporte Armadillidium vulgare, elles transforment les mâles en femelles, non seulement dans l'aspect et le comportement, mais également dans les fonctionnalités! Les mâles trans malgré eux peuvent être fécondés et donner naissance à une progéniture.
  • Chez l'espèce d'éphémère Eurema mandarina, elles induisent la parthogénèse en forçant les femelles à se reproduire sans l'intervention d'un mâle, donnant naissance uniquement à des femelles clonées et infectées (les mâles ne propageant pas Wolbachia, qui se transmet par le cytoplasme).
  • Dans d'autres cas, comme chez les coccinelles, Wolbachia va tout simplement tuer les larves mâles, augmentant les chances de survie et donc le nombre des femelles.
  • Enfin, il arrive que des souches de Wolbachia coopèrent involontairement afin de contrôler la population hôte, en empêchant les mâles infectés de féconder les femelles infectées par une autre souche (incompatibilité cytoplasmique).

Vance, S.A. (1996). "Morphological and behavioural sex reversal in mermithid- infected mayflies",  Proceedings of the Royal Society of London Series B-Biological Sciences, vol. 263,‎ 1996, p. 907-912
Kageyama D, Narita S, Watanabe M. (2012) "Insect Sex Determination Manipulated by Their Endosymbionts: Incidences, Mechanisms and Implications". Insects.; 3(1):161-199.



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