Cataglyphis Supersonicus Bombycinus, la fourmi la plus rapide de la planète



Cataglyphis Bombycinus est une petite fourmi de quelques millimètres vivant dans le désert. Capable de supporter les chaleurs extrêmes du sol saharien, elle vole littéralement sur le sable à 1 mètre par seconde. Si elle avait taille humaine, elle franchirait tout simplement le mur du son!

C. Bombycina, Saharan Silver Ant. Img : DPA
Cataglyphis Bombycinus (parfois, Bombycina*, fourmi des sables, fourmi du désert), comme au moins 4 autres espèces de Cataglyphis vivant dans le Sahara (C. Fortis, C. Savigny, C. Bicolor, C. Mautritanicus) a développé d'étonnantes capacités pour composer avec la chaleur et l'aridité du désert. Tout d'abord, elle vit dans des terriers creusés à même le sable grâce à des mandibules spécialement évoluées pour cette fonction. Si le sol saharien atteint fréquemment les 50 à 70°, le terrier entretient une atmosphère humide et ombragée se maintenant entre 25 et 30°. 

(Cataglyphis Bombicynus est le nom scientifique valide. Bombycina est cependant le nom le plus partagé[1])

Pour éviter les confrontations avec ses prédateurs principaux (lézards, notamment), Cataglyphis Bombycinus ne sort que quelques minutes du terrier chaque jour, pour chercher la nourriture de la colonie, au moment où le prédateur est le moins actif, c'est-à-dire, principalement aux moments les plus chauds de la journée. Pour résister à la chaleur, le corps de la fourmi s'est spécialisé au fil du temps : elle présente ainsi des poils brillants couleur argent qui lui valent le surnom de fourmi d'argent. Ces poils permettent de refléter efficacement lumière et chaleur du soleil. Cataglyphis Bombycinus sait aussi préparer à l'avance son corps à une sortie en milieu à température élevée, en synthétisant des protéines spéciales protectrices (heat schock proteins). Si ces protéines se retrouvent chez la majorité des animaux, elles sont généralement actives en réponse à l'augmentation brutale de la chaleur. Or, La fourmi du désert est capable d'anticiper la production de ces protéines quelques dizaines de minutes avant même d'affronter la température élevée de la surface du désert. La résistance à la chaleur qui en résulte fait de Cataglyphis Bombycinus l'un des animaux terrestres les plus thermo-résistants.

Les poils couleur argent de Cataglyphis Bombycinus, reflétant la chaleur et la lumière du Soleil (Img : Hector B)
Pour éviter également de se brûler sur le sol sablonneux, Cataglyphis possède des pattes plus longues que les fourmis communes, réhaussant alors son corps par rapport au sol. La technique de course est elle même étudiée pour préserver la fourmi de l'extrême température du sol, puisque Cataglyphis Bombycinus a appris à courir sur 4 pattes seulement (au lieu de 6) ... 

Et elle le fait avec une étonnante efficacité! Une fois sortie de son terrier, la fourmi arbore un comportement curieux : elle court sur une faible distance, s'arrête, se tourne vers le soleil et repart pour une courte distance, se retourne... et ainsi de suite. Cataglyphys examine lors de ces arrêts, le soleil, l'un des rares éléments du désert qui puisse servir de repère. Plus précisément, il semble qu'elle soit à même d'analyser l'angle de sa course par rapport à l'astre, là encore dans une performance rare : dès qu'elle a trouvé de la nourriture, elle est alors capable de retourner directement, en ligne droite, à son nid, sans se tromper de route. Pour l'aider dans son estimation des distances, cette fourmi du désert est aussi capable de compter ses pas (du moins, estimer une distance parcourue à partir du nombre de pas effectués) : une fourmi saharienne à laquelle on aurait raccourci les pattes artificiellement se comporte comme si elle n'était plus capable de s'orienter correctement, et ne retrouve que laborieusement, si ce n'est pas du tout, son nid.

Mais toutes ces capacités formidables paraîtraient presque anodines en comparaison à l'extraordinaire rapidité de cet insecte : bien qu'ayant une taille très modeste de l'ordre de 5 millimètres, Cataglyphis Bombycinus survole littéralement le sol désertique à une vitesse ahurissante d'un mètre par seconde. Si elle avait taille humaine (1m75), elle se déplacerait alors à 350 mètres par seconde*! Sachant que la vitesse du son s'établit aux alentour de 343 m/s, elle serait donc capable de franchir le mur du son, et de courir à une vitesse supérieur à Mach1, créant un bang supersonique à chacune de ses prodigieuses accélérations!

* Pour comparaison, le guépard, l'animal terrestre le plus rapide de la planète, atteint au mieux de sa forme quelques 32 m/s seulement, c'est-à-dire, 10 fois moins vite que Cataglyphis Bombycinus (par rapport à sa taille)

Ci-dessous, un documentaire de quelques minutes réalisé par l'équipe du célèbre naturaliste David Attenborough. Ce documentaire explique (en anglais) les méthodes d'orientation des Cataglyphis, en même temps qu'il montre ces petites fourmis du désert à l'oeuvre dans leur quête de nourriture et leur retour au nid. Les pattes se déplacent si vite qu'on a l'impression d'un corps sans pattes, se déplaçant tel un fantôme au dessus du sol!


Pour en savoir plus :
[1] Roger. 1859. Beiträge zur Kenntniss der Ameisenfauna der Mittelmeerländer. Erstes Stück. Berliner Entomologische Zeitschrift, 3: 225-259.
Desbrosses S. (2011). La fourmi argentée du désert, Cataglyphys Bombycinus. NatureXtreme ; online



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