Comment reconnaître un discours extrémiste?



On peut généralement reconnaître l'extrémisme d'une opinion en analysant le discours d'une personne, même si ce discours est volontairement construit pour n'en rien laisser paraître...

Le discours peut s'analyser de deux façons : 

1/ on analyse le contenu, la signification de ce qui est dit, le sens du message exposé. C'est généralement ce que font les journalistes, les politiciens, les blogueurs, et de manière générale, un peu tout le monde : nous sommes habitués à nous attacher au sens véhiculé par un discours en fonction du choix des mots et de leur sémantique (signification). Le problème, c'est que le contenu d'un message est volontaire et peut donc être facilement contrôlable ou manipulable. On peut par exemple affirmer que l'on n'est pas raciste (sous pression sociale, et même parfois en toute bonne foi) tout en l'étant profondément.

2/ on analyse la structure du discours, c'est-à-dire le type de mots ou de phrase employés, sans se soucier le moins du monde, du contenu. Par exemple, on va compter combien de fois des mots impliquant l'auteur du discours sont utilisés (des mots comme "Je", "Moi", etc...) ou comment sont présentées les informations ("il faut que", "on doit".... plutôt que "il est possible que", "peut-être que", etc...). Cette analyse a un double avantage : elle n'est pas influencée par le message que veut faire passer l'auteur, et elle se base sur des caractéristiques du discours qui sont généralement involontaires et non contrôlées.

Que ces analyses peuvent-elles nous apporter ?

Lorsque contenu et structure sont cohérents et vont dans le même sens, il s'agit en quelque sorte d'un indice de sincérité. Si les deux sont incohérents, il y'a fort à parier que le message véhiculé soit volontairement falsifié, et reflète mal les réelles opinion de l'émetteur.

C'est en suivant cette hypothèse que Castel et Lacassagne (1993) ont illustré la présence de deux types de discours lors d'entretien non directifs (Ils laissaient les sujets s'exprimait sans interférer) sur les thèmes du mariage mixte. Certains participants étaient notoirement racistes, d'autres non. Ayant comparé leurs discours (et la structure, principalement, de ces discours) avec l'attitude des personnes à l'égard du mariage mixte, ils ont relevé et regroupé les indices langagiers spécifiques d'un discours extrémiste et d'un discours peu orienté :
Le Discours de naturalisation comprend une forte utilisation de verbes renvoyant au faire (les factifs), et une forte utilisation de modalisations de nécessité ("il faut que", ...), ainsi que peu de prise en charge de la part de l'énonciateur (peu de "Je" mais beaucoup de mots tels que "on", "les gens", "tout le monde"...). Le sujet utilise inconsciemment ces mots afin de donner à son discours une valeur de vérité universelle, indubitable...

Le Discours de relativisation comprend quant à lui une forte utilisation de verbes ne renvoyant pas au faire (les non-factifs) et de modalisations de possibilité ("il est possible que", ...). Il y a en outre une forte prise en charge de la part de l'énonciateur (beaucoup de "Je" et peu de "On)". "Je crois", "Je pense", "peut être", etc... autant d'expressions qui montrent l'ouverture d'un homme sur un sujet dont il pense la conclusion non prédéfinie. Des avis possibles et coexistants, plutôt qu'une vérité "absolue".
-- Desbrosses S. [1]
A partir même de la structure d'un discours, il est donc possible de noter l'orientation d'une attitude à l'égard d'un sujet donné : la "Façon de parler" reflète plus fidèlement des sujets sensibles sur lesquels d'ordinaire, on ne dit que peu ou pas ce que l'on pense, que ce soit par pression sociale, pour sauvegarder les apparences ou encore parce l'on ne désire tout simplement pas partager une opinion.

Pour en savoir plus : 
Desbrosses S. (2007). Castel et Lacassagne (1993) : le discours extrémiste. (online) www.psychoweb.fr



2 commentaires:

Kip1c a dit…

Etant médiateur, je passe ma vie en entretien non directif, et il est vrai que la plupart des gens ne viennent pas parler de leurs voisin en toute sincérité, je dirais qu'aujourd'hui, les pression sociales sont telles que n'importe quelle interaction entre deux personnes (peut importe le sujet) se fait sur un mode de naturalisation... Le Je a quasiment totalement disparu des discours pour le "On" "Tout le monde" ect...
Mais vous avez aussi des pro comme certains politiques qui, pour apparaître sincères, vont utiliser une forme de relativisation (beaucoup de Je et de moi) tout en se présentant comme détenteur d'une vérité universelle...

Carnégie a dit…

Je vois tout à fait à quel genre de politicien vous faites allusion. Quoiqu'il en soit, les discours de ces politiques sont très justement souvent la matière première à partir de laquelle se fondent les travaux des chercheurs en psycho sociale, à l'origine des théories évoquées ici, en analyse discursive. Il est tout à fait vrai que les politiciens sont passés maître dans les arts de communication - et tout aussi justement grâce aux travaux de psycho sociale!

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