L'hyperthermie et l'étouffement comme arme défensive des abeilles



Face à l'invasion de leurs prédateurs, les frelons asiatiques, des abeilles ont développés des stratégies de défenses surprenantes, basées sur la force du nombre.

Le frelon asiatique (Vespa Velutina), récemment importé en France, cause de nombreux dégâts dans les colonies d'abeilles, s'attaquant aux butineuses et aux couvains et affaiblissant la ruche à tel point qu'un nombre restreint de frelons (une demi-douzaine) peut suffire à condamner une colonie[1]. Ces frelons sont originaires d'Asie, où leur proies leur réservent des surprises.

Pour se défendre, les abeilles asiatiques (Apis Cerana) ont développée une technique de combat de masse réchauffant l'assaillant jusqu'à le tuer par hyperthermie : les ouvrières s'accrochent au frelon et s'agglutinent en véritable boule vivante autour de lui, puis réchauffent l'intérieur de la boule en battant des ailes, au point que la température centrale s'élève à plus de 45°C à 47°C (technique appelée thermo-balling). Or la température létale du frelon se situant vers 45°C (plus ou moins 1°C), celui-ci succombe à peu près 5 minutes après le début de l'attaque. La température létale des abeilles étant de 48°C à 50°C, celles-ci sont peu affectées par la chaleur : néanmoins, les ouvrières dépensent leur énergie à la défense plutôt qu'à leur travail habituel (entretien des larves, collecte de ressources), la ruche s'en trouve donc tout de même perturbée.

La vidéo suivante montre les techniques d'attaques du frelon asiatique, ainsi que le thermo-balling (y compris à la caméra infrarouge) des abeilles en réponse à l'assaillant.



En France, le frelon asiatique (variété nigrithorax) a vraisemblablement été importé dans l'année 2004, les abeilles françaises, ignorantes de la technique de thermo-balling, sont décimées et les apiculteurs sont désormais conscients que l'invasion des frelons asiatiques ne peut être stoppée. Leur comportement de prédation est plus intense que celui du frelon européen (Vespa crabo) à la fois dans le temps de la journée et dans les périodes de l'année.

Pourtant, d'autres stratégies de défense pourraient se développer en parallèle : l'abeille chypriote (Apis mellifera cypria), a perfectionné ses techniques pour parer à l'invasion de frelon orientaux (Vespa orientalis), dont la température létale s'élève elle aussi à 50°C, rendant la technique d'hyperthermie inefficace[2]. L'arme de l'abeille, encore basée sur le nombre, consiste à étouffer l'assaillant en lui soumettant une pression importante et en visant ses organes respiratoires (Asphyxia-balling).

Pour peu qu'un frelon tente d'attaquer la ruche, 150 à 300 ouvrières fondent sur lui pour l'entourer et le bloquer, empêchant ainsi les mouvements respiratoires abdominaux, et bouchant les orifices d'entrée et de sortie d'air. Un nombre plus restreint d'abeille suffit toutefois à faire suffoquer le prédateur, ainsi que le montre la vidéo suivante.




Pour en savoir plus :
[1] Villemant C. & Haxaire J. 2007. "Le Frelon asiatique (Vespa velutina)". In Muséum national d'Histoire naturelle [Ed]. 2004. Inventaire national du Patrimoine naturel.
[2] Papachristoforou A., Rortais A., Zafeiridou G., Theophilidis G., Garnery L., Thrasyvoulou A. et Arnold G. (2007). "Smothered to death: hornets asphyxiated by honeybees". Current Biology, 18 septembre 2007.



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